Interview : Jean Moreau, co-fondateur de Phenix

L’équipe de Motiweb est ravie d’accueillir Jean Moreau, président et co-fondateur de la startup Phenix, qui agit avec conviction pour aider à protéger notre avenir.
Découvrez ses très intéressantes réponses ci-dessous, bonne lecture !

Motiweb : Pouvez-vous présenter Phenix en quelques mots ?

Jean Moreau : Phenix est une start-up ‘Tech For Good’ qui développe des solutions pour que les invendus, alimentaires et non alimentaires, ne deviennent jamais des déchets. 

Depuis 2014, Phenix travaille main dans la main avec les commerçants, grossistes, distributeurs et industriels pour réduire le gaspillage et accompagner nos clients sur la voie du #ZéroDéchet. On s’appuie sur un fort ancrage local, avec 25 antennes régionales qui nous permettent de couvrir les besoins sur tout le territoire, et même en outre-mer comme à La Réunion. 

Nous nous appuyons sur un réseau de 1 300 associations partenaires et l’expertise de nos 170 coaches anti-gaspi. C’est un métier que nous avons inventé : des employés formés à conseiller les distributeurs, grossistes et industriels sur l’anti-gaspi et à organiser des boucles logistiques avec le monde associatif. Ensemble, nous sauvons plus de 120 000 repas chaque jour ! L’essentiel est distribué à des oeuvres caritatives. La solidarité est dans notre ADN.

Dernière-née, l’application mobile Phenix a déjà convaincu plus de 800 000 citoyens d’agir concrètement en achetant à prix réduits les invendus des commerçants. Cela nous aide à éviter la poubelle aux petits volumes que les associations ne peuvent pas collecter.

Grâce à nos différentes solutions, nous sommes aujourd’hui le seul acteur de l’anti-gaspi capable de s’adresser à toute la chaîne de valeur. Et en plus, on est français et fiers de l’être.

appli Phenix 1

Comment fonctionne votre application Anti-Gaspi ?

L’utilisateur de l’application est géolocalisé et voit les commerces de bouche situés à proximité de l’endroit où il se trouve : primeurs, boulangers, traiteurs, bouchers-charcutiers, fromagers, supermarchés, etc. Ceux-ci proposent des paniers surprise composés des invendus du jour, vendus à un tarif promotionnel, de l’ordre de -50 à -60%. 

L’utilisateur réserve un panier surprise dans un de ces commerces. Il paye sur l’application et vient le chercher sur le créneau horaire indiqué par le commerçant. Une fois sur place, l’utilisateur n’a qu’à montrer sa preuve d’achat sur son téléphone, que le commerçant valide avant de lui remettre son panier. 

Le consommateur fait ainsi une bonne action pour la planète en évitant le gaspillage, tout en réalisant des économies. 

appli Phenix 2

Quelles autres solutions avez-vous mises en place chez Phenix ?

Notre coeur de métier reste le don alimentaire. Notre application mobile se veut solidaire : elle vient en complément des dons que nous effectuons, jamais en remplacement. C’est l’une des solutions Phenix qui, agrégées, permettent d’arriver au ZDA : zéro déchet alimentaire. C’est une démarche qui fonctionne déjà sur une vingtaine d’hypermarchés partenaires. Ils n’ont rien dans la poubelle. 

Cela est possible grâce à notre offre logistique sur le don, notre appli anti-gaspi, mais aussi le nourrissage d’animaux. Partout en France, Phenix identifie des récepteurs souhaitant nourrir leurs animaux avec des invendus alimentaires. Ces récepteurs sont aussi bien des éleveurs d’animaux domestiques ou de bêtes de ferme, des zoos, des chenils, des fauconniers, des louvetiers ou encore des fermes pédagogiques. 

Nous les connectons avec des supermarchés partenaires. À chaque fois, l’hygiène, la sécurité alimentaire et le bien-être animal sont les maîtres-mots. Phenix supervise les opérations et assure la traçabilité et la conformité du don afin que les exigences sanitaires soient respectées. Cette activité, en complément des autres, nous permet d’accéder au Graal de l’anti-gaspi : le zéro déchet alimentaire.

Que voyez-vous comme autres solutions pour réduire le gaspillage à l’avenir ?

Éduquer, éduquer, éduquer ! 

Éduquer aussi bien le consommateur que les professionnels de l’alimentaire. Cela prend du temps alors il ne faut pas tarder à sensibiliser les gens. J’insiste là-dessus, car le gaspillage est le produit d’une habitude. Une habitude de consommation et une habitude de travail. 

À un certain moment, notre société est arrivée à un stade où jeter est devenu normal. Et cela ne choque plus personne. Beaucoup vivent dans l’illusion que nous pouvons continuer à produire suffisamment pour nourrir tout le monde, bien qu’un tiers de la production mondiale de nourriture soit jetée. 

C’est effrayant, car en plus de représenter un gaspillage d’eau, d’énergie et de temps, c’est un véritable gaspillage d’argent. Le gaspillage alimentaire coûte pas moins de seize milliards d’euros à la France chaque année. Parallèlement, 5 millions de Français ont recours à l’aide alimentaire et la crise économique qui s’annonce ne va pas arranger les choses. 

On a donc affaire à une aberration économique, sociale et environnementale. Il est grand temps de remettre du bon sens au coeur du système. Notre société doit expliquer cela dans les écoles, les entreprises, à la télévision… car le meilleur moyen de changer les choses reste d’informer.

Parallèlement, l’utilisation de la Data que nous avons collectée depuis six ans maintenant doit nous permettre de mieux anticiper les invendus, de remonter la chaîne de décision et limiter le gaspillage en amont, à la source, via l’optimisation des commandes et des stocks de nos clients. Nous compléterons ainsi notre gamme de solutions curatives avec un outil de prévention.

equipe phenix

Au sujet de la communication éducative, avez-vous des idées de ce qui pourrait être mis en place ?

J’étais assez fan de la campagne des “fruits et légumes moches” lancée en 2014 par Intermarché. Elle a si bien fonctionné qu’elle a été reprise dans d’autres pays. Ca a marqué les esprits et on retrouve cette philosophie avec le label des “Gueules cassées”, lancé lui aussi en 2014 par l’incontournable Nicolas Chabanne. 

Le challenge pour le futur, c’est sans doute de faire la même chose pour les dates de péremption : sensibiliser les consommateurs en raillant l’absurdité de nos modes de consommation. Car franchement, il y a beaucoup à dénoncer et autant à tourner en dérision. Par exemple, il y a des dates de péremption sur l’eau en bouteille et sur des produits impérissables comme le miel. 

 

En 2013, un petit scandale a éclaté en France : Victorin Lurel, alors ministre de l’outre-mer, a remarqué que 300 produits frais portaient une DLC différenciée selon qu’ils étaient vendus en métropole ou dans les départements d’outre-mer. Un même reblochon commercialisé avec une DLC de 35 jours dans l’Hexagone en avait 70 outre-mer. La loi n° 2013-453 a finalement interdit cette pratique. 

Quand on sait qu’aux États-Unis 90 % des consommateurs jettent de la nourriture prématurément, il y a là un vrai sujet axé consommateur sur lequel communiquer. On pourrait aisément en faire quelque chose de comique pour mieux en dénoncer les ressorts, tant ils paraissent absurdes.

Le local est-il une si bonne solution ?

La crise Covid-19 a révélé la fragilité de nos systèmes alimentaires très mondialisés avec les annonces de la FAO alertant du risque d’une crise alimentaire majeure. Il y a un vrai problème de sécurité alimentaire pour certains pays. Produire localement permet de se prévenir d’une crise alimentaire majeure si les frontières venaient à fermer et les importations agricoles avec elles. 

Non seulement il faut produire localement, mais aussi diversifier les cultures afin d’atteindre l’autosuffisance, au moins à échelle nationale, voire à des échelles encore plus locales lorsque c’est possible.

Il faut encourager les circuits courts, gage d’une alimentation durable à un prix souvent abordable. Il y a un vrai enjeu à reconnecter les Français avec leur alimentation. Avec l’urbanisation galopante et la diminution du nombre d’agriculteurs, une partie de la population s’est éloignée des champs où est produite la nourriture que nous consommons quotidiennement. 

Il faut nouer un dialogue constructif entre producteurs et consommateurs. Or, les circuits courts, c’est aussi la rencontre entre ces deux mondes. C’est important pour sortir de l’agribashing. Il faut aider les gens à comprendre ce qu’est le métier d’agriculteur, qui consiste ni plus ni moins à nourrir le monde. On ne peut rêver plus beau métier.

Et le kilomètre alimentaire est-il pour vous une bonne métrique ?

Nous pensons que le kilomètre alimentaire est une bonne métrique, à défaut d’être la seule à devoir être prise en compte. On avance souvent le chiffre effrayant des 9 115 km de distance parcourue par les ingrédients d’un yaourt industriel avant de se retrouver dans notre frigo. 

C’est bien sûr une aberration écologique de par l’énergie dépensée lors du transport en bateau, en camion et parfois même en avion. À ce titre, on se réjouit que la loi française « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable », d’octobre 2018, dispose pour les cantines scolaires qu’en cas d’égalité de prix proposé entre deux candidats, la collectivité peut choisir l’offre qu’elle veut. 

Cela avantage les offres issues de la production locale ou biologique. Au menu des restaurants collectifs gérés par les communes, la loi prévoit dans un premier temps que 50% de produits consommés respectent des écolabels et favorisent les circuits courts. On voit donc que les choses avancent dans le bon sens !

Mais attention, si je produis localement des tomates dans des serres chauffées, dont on sait qu’elles émettent huit fois plus de CO2 qu’une tomate de saison, on tombe dans l’absurde. Le kilomètre alimentaire oui, mais à condition de prendre d’autres aspects en compte, notamment la saisonnalité.

Un tiers de ce que l’on produit est gaspillé, selon une estimation de la FAO. Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots où s’échappe ce tiers ?

En France, selon la dernière étude de l’ADEME, les 10 millions de tonnes de denrées alimentaires gaspillés chaque année se répartissent de la façon suivante : 32% pour le secteur de la production, 21% dans la transformation, 14% dans la distribution et 33% chez le consommateur. 

On se rend compte que, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la grande distribution qui jette le plus. C’est le consommateur qui, par ses habitudes, a une propension double à jeter. Le gros des gisements se situe donc chez vous et nous, dans nos frigos et au fond de nos placards…

J’ajoute que le législateur a cherché à réduire le gaspillage en commençant d’abord par la grande distribution, dont la célèbre loi Garot de 2016 est devenue le symbole. La restauration collective publique a été concernée dans un second temps, puis la restauration collective privée. Puis, en février 2020, la loi n° 2020-105 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire a par exemple étendu aux grossistes l’obligation de conventionnement avec des associations caritatives. 

Ces avancées législatives successives doivent permettre au gouvernement d’atteindre son objectif de réduction du gaspillage alimentaire de moitié d’ici 2025.

Quelles sont, ou ont été, les contraintes légales en France pour faire évoluer vos solutions ?

En France, il est plus juste de parler de progrès réalisés que de contraintes levées. Secteur par secteur, le législateur a peu à peu créé les conditions pour atteindre les objectifs nationaux de réduction du gaspillage alimentaire. 

Historiquement, on retient surtout la loi Garot de février 2016, qui a fluidifié le don dans la grande distribution, notre coeur de métier. Mais il faut comprendre que Phenix a démarré en 2014 : force est de constater que le don alimentaire était déjà possible à cette époque. 

Ce qui a changé, c’est surtout les mentalités. Elles ont évolué dans le bon sens, et ce, aussi bien chez les consommateurs, qui attendent des fabricants et des distributeurs un comportement plus responsable, que du côté des professionnels de l’agroalimentaire, dont les pratiques ont changé. 

Les différentes lois ont surtout permis de clarifier le cadre réglementaire et d’en faire un sujet d’actualité, avec la pédagogie qui l’accompagne. 

Heureusement, tous les acteurs de l’agroalimentaire n’ont pas attendu la fin des années 2010 pour donner leurs surplus au lieu de les détruire. L’enjeu aujourd’hui, c’est de donner plus et plus régulièrement, car bien sûr c’est possible, mais également de donner mieux : donner des produits de meilleure qualité. 

Et pour cela, on est en droit d’attendre du législateur qu’il aille plus loin dans les incitations, en rehaussant par exemple le plafond du crédit d’impôt dont peuvent bénéficier les donateurs. C’est la carotte qui vient compléter le bâton que représentent les amendes en cas de destruction d’invendus propres à la consommation. 

D’autre part, on espère que les obligations de conventionnement associatif, qui concernent aujourd’hui les grands acteurs, s’étendront bientôt aux plus petits, par exemple aux supermarchés de moins de 400 m². 

Il y a enfin l’idée de créer un label anti-gaspi pour récompenser les bons élèves. Chez Phenix, une vingtaine d’hypermarchés partenaires sont ZDA : Zéro Déchet Alimentaire. Autrement dit, ce sont des magasins qui n’ont jamais d’aliment dans leur poubelle. 

On aimerait que ces exemples soient reconnus nationalement. Ils le méritent, car ils sont pionniers et ont montré que c’est possible. Chez Phenix, on aime montrer que les solutions existent. Je suis persuadé que la meilleure façon de changer le monde, c’est par l’exemple.

De façon générale, on devine que les logiques appliquées au gaspillage alimentaire vont être étendues au secteur non alimentaire, avec par exemple le textile. Comme nous travaillons à la fois sur l’alimentaire et le non alimentaire. On surveille ça de près.

Campagne métro Phenix

De manière plus large, y a-t-il des lois françaises ou européennes qui pourraient être améliorées pour aller dans le sens de la lutte contre le gaspillage alimentaire ?

La France, on peut en être fier, est très en avance sur les autres pays. La loi Garot a inspiré d’autres pays comme l’Italie, dès l’été 2016, le Pérou ou encore la Finlande. Plus récemment, c’est la Colombie qui a repris les grandes logiques de la loi Garot. La France n’est pas suiviste. Elle montre l’exemple, se risque à expérimenter des choses. 

Derrière, il faut que les écosystèmes se structurent dans tous les pays européens et cela prend du temps. Phenix est déjà présent en Espagne et au Portugal. On a vocation à aller sauver des repas dans d’autres pays ! 

Sur l’éducation des consommateurs, on a pour l’instant du mal à lire les changements de comportements. En France, ils représentent 33% du gaspillage alimentaire. On ne peut pas en finir avec le gaspillage alimentaire sans éduquer le consommateur. 

Il faudra voir si la France s’impose aussi comme le leader de la sensibilisation du consommateur au gaspillage alimentaire. Dans ce pays on aime cuisiner et on s’intéresse à la façon dont ce qu’on consomme est produit. 

Alors j’y crois ! J’ai beaucoup d’espoir dans les jeunes générations. D’ailleurs Phenix est une boîte jeune, essentiellement composée de jeunes. C’est plutôt bon signe pour le futur !

Sur votre site, vous écrivez que de grandes enseignes comme Franprix, La Vie Claire ou encore Truffaut “sont engagés à vos côtés”. Que font-elles concrètement ?

Dans le cas de Truffaut, on réalise conjointement des opérations de don aux associations et de ventes sur notre appli anti-gaspi, pour des produits alimentaires et non alimentaires. Récemment nous avons aidé le groupe à donner des fleurs à des associations caritatives, mais aussi à des EHPAD, comme vous pouvez le voir ici

Pour les équipes de Truffaut, c’est inconcevable de jeter ces produits à la poubelle. On les aide donc à trouver des solutions pour atteindre le zéro déchet : au quotidien en faisant des paniers anti-gaspi pour de petits volumes, et plus occasionnellement sur du don quand il y a de plus gros volumes. 

Enfin, nous conseillons Truffaut sur des sujets en lien avec l’économie circulaire, pour rendre les Jardineries du groupe plus durables sur des sujets tels que les contenants. Le groupe est très concerné par ces questions et cherche des solutions. On participe à cette stratégie durable à notre échelle.

Sur des enseignes de proximité comme Franprix, La Vie Claire ou U Express, nous mettons en place des boucles logistiques pour collecter quotidiennement les invendus des magasins et les distribuer à des associations partenaires. 

Les magasins utilisent notre application anti-gaspi en complément. Ils y vendent en promotion les produits en dates courtes que les associations ne peuvent pas récupérer pour des questions légales ou logistiques. La complémentarité entre ces deux solutions permet de réduire massivement les déchets alimentaires.

Merci beaucoup Jean de nous avoir éclairé sur les enjeux de votre entreprise qui oeuvre contre le gaspillage. C'est toujours enthousiasmant de voir que certains se retroussent les manches et font preuve de créativité en faveur de notre planète. Et avec succès !

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